#JeSuisCharlie : être Charlie hier, aujourd’hui et demain.

Hier, je n’étais pas abonné à Charlie Hebdo. Résidant à l’étranger, Charlie Hebdo était ce petit plaisir coupable acheté au Relay de la gare du Nord avant de reprendre l’Eurostar. Pour le talent des caricaturistes, de Charb, d’Honoré, de Wolinski et des autres, mais surtout pour le plaisir d’afficher un signe ostentatoire d’athéisme dans ces périodes où les discours identitaires et religieux ankylosent le débat public.

Fini de rire

Vivant à l’étranger donc, il est difficile pour un non-Français de comprendre que Charlie n’était pas qu’un simple journal. Il est clair qu’une partie des tenants et aboutissants de ce drame échappe au monde : s’attaquer à Charlie, pour un laïcard français, c’est comme s’attaquer au pape. Au pape des athées.

Être Charlie aujourd’hui, c’est un message fort. Il s’agit de s’attaquer aux obscurantismes, pour la liberté d’expression, affirmer son dégoût face à cet acte barbare. En France et à l’étranger, partout dans le monde, une vague de soutien et de mobilisation : Cameron qui défile à côté de Merkel, Hollande à côté de Sarkozy, l’image est presque surréaliste – preuve que la cause est grande et dépasse les différends. En ces termes, oui, cent fois oui, nous sommes tous Charlie, et cela fait chaud au coeur.

Le monde est Charlie : verdict unanime ? C’était sans compter sur une bande d’irréductibles Gaulois : une certaine dissidence commence à se faire entendre, venant de certains survivants de Charlie eux-mêmes. Ironie du sort, mais qui mieux qu’eux pour symboliser la dissidence ? Évidemment que la liberté d’expression est leur combat, mais c’est un peu court ! Il convient de ne pas tomber dans le trivial ; Charlie, c’est un peu plus que cela. c’est le journalisme bête et méchant, irresponsable. C’est l’apôtre laïque, anticonformiste, piquant, qui déplaît aux cathos et aux versaillais.

Jean Bourguignon - Je suis Charlie

Charlie vu par Jean Bourguignon

Hier, Charlie, c’était mai 68. L’anti De Gaulle, l’anti FN, l’anti « ordre établi », et par dessus tout, l’anti-religion.

Aujourd’hui, marchons, abonnons-nous à Charlie, pleurons nos défunts et regrettons l’insouciance des petits dessins perdue en ce 7 janvier 2015.

Demain, Charlie doit continuer et la tâche ne sera pas simple – Tous les yeux sont braqués sur l’hebdomadaire. La pression est grande devant l’élan populaire, l’ampleur des dons, des abonnements, du tirage du numéro à paraître. Il ne faut surtout pas que Charlie ne courbe l’échine devant le grand public et perde de son piquant afin de plaire au plus grand nombre.

Pour le bien du pluralisme, pour la dissidence, pour la France, n’oublions pas, une fois l’émotion retombée, ce que doit être Charlie demain : le Charlie d’hier. Bien plus qu’un étendard de la liberté d’expression, Charlie doit poursuivre son combat, être cette voix irrévérencieuse et athée contre les débordements et obscurantismes religieux, contre les replis identitaires qui aujourd’hui plus que jamais font l’actualité. Longue vie à Charlie.

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