Électorat : des chiffres et des pertes

Les dernières élections ont, une fois encore, fait grand bruit notamment au sujet de la division de la Gauche et du score élevé du Front National. Et lorsque l’on évoque la Gauche, le FN et leurs électorats tantôt poreux, tantôt irréconciliables, comment déceler le vrai du faux ?

En particulier, deux grilles de lectures sont souvent proposées : le vote des ouvriers et le vote périurbain, catégories regroupant les classes populaires ; décrites comme historiquement acquises à la Gauche et aujourd’hui se déportant massivement sur le vote frontiste.

Avant de tirer des conclusions, penchons-nous sur les chiffres. J’ai compilé ci-dessous les résultats des 4 derniers scrutins. Cliquez sur l’image pour l’afficher en plein écran.

Résultats des 4 dernières élections par catégorie d'électeur - cliquez pour agrandir

Résultats des 4 dernières élections par catégorie d’électeur – cliquez pour agrandir

La montée de l’extrème-droite et la chute de la Gauche sont visibles, mais personne ne discute vraiment ce fait. Quelles pistes pour enrayer cette tendance baissière ?

Vote des ouvriers

Vote des ouvriers

Le vote ouvrier est certainement l’un des plus volatiles – et s’est massivement déporté sur le FN, au détriment non pas uniquement du PS mais aussi du Front de Gauche et de la Droite « républicaine ».

Vote des CSP+

Vote des cadres sup et professions libérales

Il est intéressant d’observer les tendances des cadres sup. qui sont probablement, plus que les ouvriers, le coeur de cible électoral du Parti Socialiste. Peu enclin à voter pour les extrèmes, cet électorat n’hésite cependant pas à voter au centre ou pour les verts (ce qui explique le pic à la baisse des européennes). C’est une manne électoral pour le Parti Socialiste.

On entrevoit le dilemme originel – le PS est en équilibre instable et ne sera pas en mesure de gagner la moindre élection si la tendance se confirme. Les socialistes doivent-ils consolider leur électorat sur leur droite, ou sur leur gauche ? Sachant que le grand écart actuel est intenable, en témoignent les défaites successives et parfois violentes depuis 2012.

Lors des dernières départementales, le FN totalise environ 26% des suffrages au 1er tour et près de 40% des voix au 2nd, se convertissant en moins de 100 cantons gagnés. Le front républicain fonctionne encore, l’argument du bloc UMPS avec lui. Mais contrairement à la plupart des régimes parlementaires dans lesquels les sociaux-démocrates travaillent souvent en bonne intelligence avec les libéraux, le centre-droit français ne travaille pas avec le PS. Un rapprochement au centre-droit serait suicidaire sans une réforme institutionnelle qui défavoriserait le bipartisme. Dans le paradigme français, la droite n’est vraiment pas prête à voter PS – on l’a vu particulièrement avec la récente loi Macron.

Vote Rural

Vote Rural

Contrairement à l’imaginaire collectif qui s’installe doucement, le vote rural n’est pas tout acquis au Front National et le revers est récent. Rien n’est encore perdu de ce côté. Si le PS ne devient pas la maison des progressistes et des centristes, il faut reconquérir le vote populaire. Les sceptiques diront que cet électorat n’a jamais été acquis au PS mais au PCF et qu’il ne se reportait chez nous qu’au second tour. C’est probablement vrai mais depuis plusieurs élections le total gauche est de 35% et le Front de Gauche dévisse – l’électorat n’est plus là non plus. Est-ce que cela nous empêche d’aller le chercher ?

Vote Urbain hors Paris

Vote Urbain hors Paris

Même commentaire pour la province – le vote socialiste n’est pas uniquement l’oeuvre de « bobos métropolitains » comme certains de nos détracteurs aiment à nous réduire. Il y a une sérieuse base d’électeurs répartie sur le territoire, même en zone périurbaine, qui certes se détache lentement mais avec qui il faut se réconcilier. Comme je le disais précédemment, le vote FN n’est pas une fatalité …

Sources :

http://www.ifop.fr/media/poll/1848-1-study_file.pdf

http://www.ifop.com/media/poll/2976-1-study_file.pdf

http://www.ifop.com/media/poll/2670-1-study_file.pdf

http://www.ifop.com/media/poll/2573-1-study_file.pdf

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7 réflexions sur “Électorat : des chiffres et des pertes

  1. Verbatim: « Les socialistes doivent-ils consolider leur électorat sur leur droite, ou sur leur gauche ? »

    C’est la question à 3 milliards de dollars. Et la quadrature du cercle.

    Aller chercher des électeurs au centre droit, c’est prendre un gros risque pour un rendement qui peut être faible:

    – Le gros risque: fracturer le socle de base de l’électorat PS, qui ne supporterait pas les alliances avec le centre droit, ou un discours politique comportant des éléments de langage de centre droit, ou un programme politique comportant des mesures de centre droit. De fait, plus on va vers la gauche, moins l’électeur de gauche est tolérant à l’altérité politique (tout ce qui sort de la vrauche est qualifié de libéral, donc au mieux ennemi et au pire social-traitre)

    – Le rendement faible: l’électeur de centre droit se reconnait plus dans l’UMP que le PS. Chasser l’électeur au centre droit revient en pratique à braconner sur les terres de l’UMP. Tout ça pour combien de voix, au final?

    Aller chercher des voix à gauche n’est pas dépourvu de risques: l’électorat à gauche du PS est à l’image de ses élus, ingérables et intransigeants. Ils passent leur temps à s’engueuler entre eux, ils sont très psychorigides, peu pragmatiques et dès qu’un truc leur plait pas, ils se barrent en claquant la porte. Fin du dialogue, on reprend la lutte des classes. Les mecs partent au maquis.

    On ne peut donc rien construire avec eux. Ils n’ont pas la maturité pour appuyer un parti de gouvernement et participer à des alliances qui les obligeraient à mettre de l’eau dans leur vin.

    Donc, ça restreint beaucoup les choses. François Hollande et Valls en ont fait l’expérience. Et en plus, ça fout le bordel dans le gouvernement et ça ternit l’image de la majorité. Bref, c’est le bâton de merde.

    Alors que faire? Il faut peut être avoir une autre approche en réfléchissant à ce que pourrait être l’électorat naturel du PS, plutôt que de considérer qu’il est de toute façon insuffisant et qu’il faut aller chasser l’électeur ici ou là.

    Retrouver une nature, une essence de ce qu’est le PS en partant non pas de ses valeurs historiques et de son idéologie séculaire, erreur qui est toujours commise lorsqu’on veut se reconstruire dans une démarche identitaire, mais de l’électeur type qui vote PS, ou qui pourrait le faire. Celui qui vote PS ou celui qui a été tenté de le faire, ou serait tenté de le faire si… Et c’est justement ce « si » qu’il faut qualifier.

    Passer d’une démarche produit à une démarche client, quoi. Enfin, pour parler trivialement.

    Aimé par 1 personne

    • Peut-être faut-t-il tout simplement aller chercher les voix au cœur du parti. Retrouver la martingale de 2012 lorsque, sans ignorer les impératifs budgétaires, nous n’en étions pas encore à renier nos marqueurs de gauche, tels la renégociation du TSCG, la réforme fiscale, ou la régulation financière…

      Ces quelques objectifs supplémentaires inclus dans le logiciel PS avaient permis un bon report de voix du Front de Gauche au second tour. Et même, permis la victoire.

      Ce report de voix, nous en aurions bien eu besoin en 2017.

      Aimé par 1 personne

      • Oui mais là vous parlez du report de voix.

        Par définition, cela porte sur ce qui est extérieur à la ligne du parti.

        Or, ce dont il est question, c’est tout ce qui se trouve à l’intérieur. Tout ce dont on se rend compte, aujourd’hui, que c’est du vide, du flou, du mou, du con, du vieux largué, à la ramasse, ou ce qui relève du calcul d’appareil, avec les egos.

        Et là-dessus, il n’y a pas photo: que vous regardiez le truc au microscope électronique ou avec le télescope Hubble, vous trouvez quoi?

        Une sorte de bordel foutrac qui part dans tous les sens, sans rien produire. C’est comme si vous regardiez la giclure produite par un vieux pervers atteint d’une chaude pisse dans le tube stérile d’une banque de sperme.

        Ca passe pas les contrôle qualité.

        Scientifiquement parlant c’est intéressant, mais côté reproduction, ça vaut rien.

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    • Je pense qu’il faut parler idees et projets, mais que l’objet de l’article est uniquement d’aborder le sujet sur le plan electoral. Et sur le plan purement electoral, expliquer que seuls les intellos votent PS, on risque pas de depasser les 15% avant longtemps !
      Quant a Tchok, on est loin du troll la, c’est bien argumente !

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    • Ouep. D’ailleurs, si tu pouvais l’étoffer un peu, parce que là, j’en ai épuisé les ramifications. Je reviens constamment sur les mêmes blogs, quelque soit l’endroit d’où je parts.

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  2. Pingback: Socialistes, le vote FN n’est pas une fatalité | Michael Vincent - Un œil sur la politique

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