Eurozone : le Club des Cinq contre attaque

La semaine de présentation du projet des 5 présidents de l’Union aura finalement été historique, mais pas du tout pour les bonnes raisons.

Update dimanche 28 juin 2015 : « Completing Europe’s Monetary and Economic Union » c’est le rapport qui devait définir la feuille de route de l’Eurozone pour les 10 années à venir afin de renforcer et consolider la monnaie unique – et le rendez-vous a été raté. Le projet, accueilli sans grand optimisme ou enthousiasme, a été occulté par des préoccupations plus urgentes. Les discussions se sont évidemment tournées autour de la Grèce, et ce qui se précise malheureusement aujourd’hui c’est que l’avenir de l’Eurozone se fera très certainement sans elle. La semaine aura finalement été historique, mais pas du tout pour les bonnes raisons ; et plutôt que d’en dire plus je ne résiste pas à relayer l’avis d’un expert sur la question qui revient s’exprimer après un long silence pour apprendre des erreurs passées…

À l’heure où j’écris ces quelques lignes, mardi 23 juin 2015, la Grèce tente toujours de négocier avec ses partenaires européens. Les banques se vident, on parle de 3 milliards d’euros expatriés la semaine dernière, et l’espoir d’un accord, s’il s’éclaircit, n’est pas acquis. J’ai évidemment une pensée pour eux. Les Grecs font les frais d’une union monétaire mal pensée car incomplète, sans budget fédéral ou de moyens d’absorber les chocs économiques asymétriques – un vrai cas d’école. Et pourtant, malgré ces doutes, l’actualité des derniers jours laisse entrevoir les espoirs d’une plus grande intégration européenne. Une véritable « destruction créatrice » que Nietzsche ou Schumpeter n’auraient pas reniée : malgré les chances de voir la Grèce ou la Grande-Bretagne quitter respectivement la zone Euro ou l’Union, la pensée européiste se ragaillardit.

Une réponse à la montée des eurosceptiques ?

Sans même aller jusqu’aux cas extrêmes de perspectives de départ de tel et tel pays, il est clair que la montée des europhobes inquiète l’Union, surtout quand elle est organisée. D’habitude aussi bruyants qu’inefficaces, les nationalistes hollandais Geert Wilders et français Marine Le Pen ont enfin réussi la quadrature du cercle en constituant un groupe parlementaire nommé « Europe of Nations and Freedom » (ENF). Le bruit avant la terreur : avec ce groupe, ces députés récupèrent des financements supplémentaires, un meilleur accès à certains groupes de travail et commissions parlementaires et surtout, un bien plus grand temps de parole lors des sessions parlementaires – une bien meilleure visibilité en somme.

Le renforcement de la parole eurosceptique aura au moins permis à certains europhiles de sortir du bois. Ces dernières semaines, les sirènes de l’intégration se sont fait entendre. Très remarqués, Emmanuel Macron et Sigmar Gabriel ont cosigné un appel très clair à un renforcement de l’Union, proposant à la France et à l’Allemagne de montrer l’exemple main dans la main. Une construction à engager rapidement, à deux vitesses s’il le faut, quitte à laisser les sceptiques derrière. Si les tribunes européistes de très bonne qualité ne manquent pas – celle cosignée par le député de la circonscription de l’Europe du Nord Christophe Premat par exemple – celle-ci fera date par l’importance de ses auteurs, ministres de l’économie en exercice des deux plus grandes puissances de la zone euro. Si l’impulsion, la volonté politique arrivent de si haut, alors il y a peut-être de l’espoir.

Commission EU

Mirage ou présage ?

Fallait-il voir dans cette tribune les préliminaires d’un plan de communication bien rodé afin de préparer de nouvelles annonces ? Peut-être. Les instances de l’Union ont hâte de mettre derrière elles l’épisode grec et espèrent sûrement couper l’herbe sous le pied des Britanniques. Ce lundi, un rapport très détaillé bien nommé « Completing Europe’s Monetary and Economic Union » a été publié, afin d’être discuté au sommet européen le jeudi 25 juin 2015 à Bruxelles. Ce n’est pas un rapport innocent : il est tout modestement signé par Juncker, Tusk, Dijsselbloem, Drahgi et Schulz, respectivement présidents de la commission, du sommet de la zone euro, de l’eurogroupe, de la BCE et du parlement européen.

Phase 1 du projet - source commission européenne

Phase 1 du projet – source commission européenne

Loin d’être une simple tribune, ce document de 26 pages propose et détaille un projet d’union économique, fiscale et politique pour la zone euro, avec un plan réfléchi et daté en annexe qui, s’il suscite l’approbation générale, pourrait très bien être suivi d’actes dans la foulée. À court terme, de mi-2015 à mi-2017, il s’agira de stimuler la compétitivité, l’emploi et la croissance avec les instruments existants. La phase 2 s’emploierait à contraindre la convergence structurelle avec des critères éventuellement juridiques, avec par exemple des harmonisations fiscales, et encourager les solutions intergouvernementales, ce avec l’espoir d’aboutir au plus tard pour 2025. Un rapport que je vous invite à retrouver ici.

L’électrochoc grec aura permis de faire un grand pas vers la correction des imperfections de la zone euro. Une nouvelle page de la construction européenne, en espérant que celle-ci ne se fasse pas sur des ruines grecques. Affaire à suivre…

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