L’alarme à gauche

Plus de peur que de mal. Les élections régionales sont enfin derrière nous. Avec elles, le soulagement de voir que le Front National n’a pas réussi à transformer l’essai.

Larmes à gauche

Le score de la gauche, remportant 5 régions, est une bonne surprise et une petite défaite pour Nicolas Sarkozy. Mais les circonstances nous interdissent tout triomphalisme, comme le dit très justement notre Premier Ministre Manuel Valls, et de nombreux échecs sont à déplorer. La gauche a dû se mettre en congés de l’exercice du pouvoir dans plusieurs régions, pour les 6 années à venir. Au pouvoir, c’est elle qui a alimenté certaines frustrations. Le débat public n’en ressort grandi. Avec ces retraits, on n’a jamais aussi peu parlé des régions elles-mêmes, préférant commenter sur les reports et les stratégies de chacun.

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L’alarme à gauche

Pour le Parti Socialiste, la technique du retrait ne doit pas être la stratégie de l’autruche. Maintenant que ce mauvais moment est passé, il est désormais nécessaire de construire et de mesurer toute l’ampleur de ces dernières élections. Nourrir la réflexion et en tirer les enseignements. Il ne s’agit pas de se plaindre avec les habituelles Cassandres, mais bien d’exercer un louable droit d’inventaire, un regard sur notre bilan et ce qui nous a rendu si impopulaire. Tout doit être mis sur la table, il ne faut rien s’interdire. Certains me diront que ce n’est pas le moment car il y a l’élection présidentielle et qu’il faudra défendre notre bilan avant de le critiquer. C’est un point de vue que je peux entendre ; j’ai malheureusement le sentiment que remettre cette réflexion à plus tard, c’est se condamner à la mener en juin 2017 après une lourde défaite. Reculer pour mieux sauter, en quelque sorte.

Humblement, les quelques enseignements que j’en tire sont les suivants.

  •  La participation : largement en hausse, elle prouve que le sursaut républicain existe toujours. Une fois encore, c’est au pied du mur que certains se décident à voter. C’est un jeu très dangereux au demeurant. Pourquoi diable faut-il en arriver là pour que les électeurs se déplacent ? Qui sont ces 50 % d’électeurs qui se sont accordés le luxe de ne pas bouger au premier tour ? Et encore pire, ces 2 jeunes de moins de 35 ans sur 3 qui se sont abstenus au premier tour ? À vrai dire, les raisons, on les connaît. Qu’il s’agisse de l’excuse de la simple fainéantise, ou de son penchant plus “intello” de l’acte militant, nous connaissons tous dans notre entourage des gens qui ont une “bonne” raison de ne pas aller voter. Qu’ils m’affirment que l’offre politique ne leur correspond pas, qu’ils s’abstiennent car le vote blanc n’est pas encore reconnu ou que l’abstention est un message fort à envoyer à nos politiciens, cela me dépasse. C’est si pratique, si confortable, de militer au fond de son canapé ! Mais engagez-vous, bon sang ! Dans une association citoyenne, dans un parti politique… Faites bouger les lignes de l’intérieur !
  •  Ni la région Nord – Pas de Calais – Picardie, ni la région PACA n’auront basculé à l’extrême-droite. Pourtant, avec plus de 40 % des voix au premier comme au second tour, le FN s’y ancre toujours un peu plus. On est loin des scores de 2002. Dommage de voir que la gauche sera totalement absente, sacrifiée sur l’autel du “front républicain”.
  •  L’Alsace – Lorraine – Champagne-Ardennes : le pari fou de Masseret était finalement peut-être le bon, Philippot échouant sur le podium. Sachons maintenant pardonner. À Strasbourg, « c’est la culpabilité qui me fait voter. Super, la démocratie ! » titrait Libération. Le maintien de Masseret est en ligne avec l’opinion de beaucoup de militants socialistes. Ne partons pas dans une cabale contre les nôtres. Ce ne sont pas les électeurs socialistes qui sont responsables du score du FN, mais bien les électeurs du FN. La question est sur toutes les lèvres : le retrait était-il vraiment nécessaire ? Ou la baisse de l’abstention aura fait le job ?
  •  L’Île de France, dont le score n’est pas disponible à cette heure. L’union de la gauche aura-t-elle suffi ? A priori non, ce qui serait un vrai problème pour 2017. Si le PS a souvent communiqué sur le « Total Gauche », même celui-ci ne suffit plus

L’arme à gauche

 

Les chantiers sont nombreux afin d’éviter ces défaites et de devoir en appeler au retrait à l’avenir, qu’il s’agisse de lutter directement contre le FN, ou du corollaire de ceux qui refusent de voir une hausse des scores du Front National mais un simple phénomène d’abstention pénalisant la gauche.

Ségolène Royal posant pour le Parisien

Ségolène Royal posant pour le Parisien

Le Front National n’a pas le monopole du bleu blanc rouge et des symboles républicains. Qui n’a pas ri, à gauche, devant Ségolène Royal grimée en Marianne, ou devant Montebourg prônant le made in France habillé d’une marinière ? Il me semble pourtant aujourd’hui que ces socialistes avaient compris ce que certains ont oublié. Les symboles républicains sont importants, et aussi pour notre électorat. Les oublier, c’est laisser la droite et l’extrême droite continuer leur OPA hostile sur nos valeurs républicaines, c’est nous déposséder de notre légitimité sur certains sujets. Qui ne s’est pas senti français après le 13 novembre ? Après avoir été si sévèrement touché, il faut savoir s’oublier un peu et recréer une histoire collective, avec fierté, tous ensemble.

Il serait opportun, dans ces moments sombres post-attentats et où le “vivre ensemble” est pris à défaut, de se réapproprier certaines thématiques que l’on a trop longtemps laissé à d’autres et que l’on se refuse de regarder en face aujourd’hui par bien-pensance. Je pourrais parler bien sûr de Céline Pina ; ou plus récemment sur le sujet, la tribune de Luc le Vaillant cette semaine dans Libé. Bien écrite mais posant des questions parfois maladroites, parfois inavouables, Luc le Vaillant tente de se défaire de ses peurs intestines après le drame du 13 novembre. Une partie de la gauche s’est indignée contre lui, l’accusant de racisme. Était-il nécessaire de lui tomber dessus de la sorte ? Doit-on s’interdire d’observer certains phénomènes de facto ? La gauche a longtemps su lutter contre la bigoterie, quelle qu’elle soit. Sachons prôner la tolérance sans s’enfermer dans des dogmes et idéologies contre-productives. Et continuons à nous méfier toujours des choses qui paraissent a priori si évidentes.

Contre l’abstention, des solutions existent. Il est clair que le FN ne progresse pas tant en nombre absolu d’électeur et que nous gagnerions à faire déplacer nos sympathisants et renouer avec les déçus. On peut penser bien sûr au vote obligatoire, ou à la reconnaissance du vote blanc, ainsi qu’à l’introduction d’une une part de proportionnelle… De manière générale, si l’on regarde ce problème sous l’œil des carences institutionnelles, n’oublions pas le très bon rapport Bartolone-Winock sur la réforme des institutions, qui mériterait d’être pris au sérieux, et d’être suivi d’actes.

Sur le plan politique maintenant, partir uni n’est plus une option. Le rassemblement de la gauche, autour d’un projet commun, sera nécessaire pour espérer l’accès au second tour en 2017. L’Île de France nous a prouvé que l’union était possible, mais sans nous garantir la victoire : il conviendrait de dépasser les arrangements inhérents au panachage de listes et parler projet avant tout …

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Une réflexion sur “L’alarme à gauche

  1. Je ne suis pas allé voter au second tour. Le choix entre droite bleue, droite rose ou droite brune…

    Faire bouger de l’intérieur ? J’ai essayé durant trente ans. J’essaie encore un peu. Et je vois la surdité générale des nantis et des planqués. J’ai pourtant tenté très longtemps de faire entendre qu’il fallait d’abord écouter les gens qui font la queue au Resto du cœur ou à Pôle-pas-d’Emploi.

    Mais on préfère toujours aller tracter sur les marchés huppés. On préfère taper sur quelques femmes portant un foulard, sur les basanés, sur les zadistes, sur les réfugiés, sur les sans-logis, sur les pas-conformes, que de s’occuper de près de sept millions de personnes qui désespèrent de trouver un emploi, de dix millions de gens vivant sous le seuil de pauvreté, de onze millions et demi de personnes vivant sans chauffage.

    Tu as raison : faut adorer le drapeau tricolore et guillotiner les athées comme moi qui blasphèment en se torchant le cul avec.

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