Du Français au Citoyen : réconcilier la France avec la politique

Par Maud Pidou et Michael Vincent dans le cadre de l’appel à contribution de Jacques Attali, France 2022

Abstention en progrès, défiance record envers la classe politique et montée des populismes sont autant de révélateurs de la crise politique que notre pays traverse.

Pour le bien de notre démocratie, une réconciliation s’impose. Celle-ci repose selon nous sur deux piliers essentiels, ne pouvant être dissociés l’un de l’autre – une réforme institutionnelle, rationalisant certaines pratiques, corrigeant quelques imperfections, et une responsabilisation accrue du citoyen, notamment en le consultant régulièrement et le mettant à contribution. Il s’agit d’apporter quelques nouveautés, d’actualiser certaines pratiques afin de s’adapter à l’époque, mais pourquoi pas également de relancer l’intérêt, la curiosité de ceux pour qui la politique n’existe plus. C’est aussi une façon pour nous d’affirmer que la crise politique ne pourra se passer d’une démarche commune, sans un pas du politique vers le citoyen et un pas du citoyen vers la politique.

pericles

Périlès, « premier citoyen de sa patrie », durant son oraison funèbre

Cette réappropriation de la question politique par le citoyen passe par la pédagogie et par la pratique. À l’école, la République ne peut plus se contenter d’être le parent pauvre du programme d’histoire géographie. Pour éveiller la citoyenneté, pour réfléchir sur notre pays, l’éducation civique mériterait une attention particulière, un programme plus ambitieux, et des créneaux horaires plus réguliers, quitte à proposer une épreuve au brevet ou au bac pour s’en assurer. La connaissance des institutions et des organes de l’État n’est pas une option : plus jamais un candidat ne doit pouvoir promettre au-delà du mandat qu’il ambitionne sans que cela ne choque personne.

Sans aucun doute, une meilleure compréhension des institutions et des mécanismes étatiques armera l’électeur au mieux pour les scrutins, mais améliorera aussi son pouvoir de proposition. Pouvoir que nous espérons mettre à contribution dans le cadre de la mise en place d’assemblées citoyennes. Et s’il suffisait de déléguer un peu de pouvoir aux citoyens, en les impliquant davantage en les laissant s’exprimer et agir directement ?

Vecteur de démocratie directe, les assemblées citoyennes peuvent résorber le sentiment de ne pas être entendu. Organisées deux fois par an, à l’échelle régionale, elles pourraient traiter de sujets nationaux sous la forme d’un grenelle prenant place sur plusieurs jours. Se voulant démocratique et inclusive, la sélection des participants se ferait par tirage au sort à la manière des jurys, avec participation obligatoire ; ce afin d’assurer leur représentativité et d’éviter leur appropriation aux seuls volontaires, intéressés par la politique ou ayant des intérêts particuliers à défendre sur un sujet donné.

Le moment est opportun – une étude britannique suggère que 54 % des électeurs seraient prêt à participer à ces assemblées. Le score atteint même 70 % chez les électeurs d’extrême droite. L’expérience a déjà eu lieu en Irlande et en Islande, sur des questions constitutionnelles. En Belgique s’est constitué le G1000, plateforme d’innovation démocratique. En outre, il s’agit d’une réponse concrète à la défiance envers les politiciens, montrant par sa pratique la difficulté de l’exercice du pouvoir. Loin de menacer la classe politique dans son état actuel, ce mode de consultation la complète et présente des qualités intrinsèques véritables – étant notamment un outil formidable de pédagogie et de réconciliation envers l’action politique.

g1000

Le G1000

Réconcilier les citoyens avec la vie politique engage aussi une réflexion sur le fonctionnement de nos institutions et la qualité de la représentativité. Tout d’abord, au niveau du pouvoir exécutif, il est important de revenir à une dissociation des rôles du Président de la République et du Gouvernement. Proposé dans le rapport « Refaire la démocratie » de Claude Bartolone et Michel Winock, le septennat non renouvelable permettrait au Président de la République de réorienter son action vers des enjeux de long terme. Quant au Gouvernement, celui-ci émanant de l’élection des parlementaires, il devrait être composé de ministres ayant obtenu la confiance des Français et donc détenteur d’un mandat électoral.

Au niveau législatif, afin d’introduire un renouvellement démocratique sain et nécessaire à la confiance, nous préconisons le non cumul des mandats dans le temps des parlementaires. En limitant la représentation au Parlement à deux mandats consécutifs, nous pensons réduire le nombre de « professionnels de la politique » et permettre aux citoyens de s’investir et d’accéder à des rôles politiques majeurs.

Toujours au niveau législatif, nous nous inquiétons de la lisibilité des forces politiques et nous proposons d’institutionnaliser en France le concept du Shadow Cabinet (« cabinet fantôme »), suivant le modèle britannique. Ce contre-gouvernement permet à la fois à l’opposition d’être plus cohérente et fédérée, tout en spécialisant chaque Shadow Ministre à un portefeuille thématique. Cette organisation du parlement et de l’opposition permet donc, en cas de changement de majorité, une transition maîtrisée des pouvoirs et des dossiers.

Enfin, pour accentuer la relation entre les électeurs et leur représentant, nous proposons de reconnaître le rôle de la pétition au sein du débat démocratique. Outil majeur d’expression citoyenne, la pétition reste pourtant souvent aux portes de l’Assemblée Nationale. Les pétitions recevant le plus d’intérêt de la part de l’opinion publique reçoivent souvent par extension l’intérêt des médias, mais aucune discussion au sein du Parlement n’est obligatoire. En Grande-Bretagne, lorsque une pétition atteint 100 000 signatures, le Gouvernement se doit d’y répondre et le Parlement en débat en séance. De cette manière, les citoyens ont la garantie d’être entendus et considérés par leurs représentants, avec un site internet dédié.

Bien entendu, cette liste n’est pas exhaustive, et nous aurions pu également citer l’extension du droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant en France, le vote électronique, ou reprendre à notre compte d’autres propositions de l’excellent rapport Bartolone-Winock. Face aux doutes, toute proposition renforçant la démocratie et permettant la réappropriation de la vie de la cité par le peuple, à l’image d’ailleurs de l’initiative France 2022, est, plus que salutaire, aujourd’hui nécessaire.

france2022

FRANCE 2022 EST UNE ENTREPRISE COLLABORATIVE À L’INITIATIVE DE JACQUES ATTALI, QUI PROPOSE DE PARTICIPER À L’ÉLABORATION DU PROGRAMME DU PROCHAIN PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.

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Une réflexion sur “Du Français au Citoyen : réconcilier la France avec la politique

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