Pourquoi serions-nous plus bêtes que les marchés financiers ?

Une fois n’est pas coutume, je vous propose aujourd’hui une petite revue de presse sous forme de billet d’humeur.

Les élections européennes se sont terminées il y a maintenant 4 semaines. Des nombreux enseignements qu’elles imposent, je retiens en particulier que ces élections ont montré que l’émergence de programmes politiques à forte composante écologique s’est aussi suivi dans les urnes puisque la percée verte s’est faite sentir dans plusieurs pays. J’en suis très heureux, les esprits changent et la prise de conscience est salutaire : elle ouvre un espace qu’il faut investir pour changer la trajectoire mortifère de l’évolution climatique, productiviste et énergétique.

Sur le sujet : Dans une tribune au « Monde », l’ex-candidat Vert à la présidentielle de 2002 Noël Mamère presse les écologistes de ne pas cultiver une autonomie qui passerait par l’ignorance des autres forces de gauche.

L’avenir de notre génération appelle à la responsabilité et à une approche commune pour faire triompher l’agenda écologique ET social. La question de l’union des forces de sociales et écologistes est une solution, pour renverser les majorités conservatrices, libérales et stopper la montée populiste. Cela prendra du temps. Que faire pour agir sans attendre ?

A vrai dire, nous ne sommes pas les seuls à le dire. Du FMI à la BCE en passant par le Financial Times – organes respectés et loin d’être des officines gauchisantes – les voix s’élèvent pour rappeler cette urgence.

Le vert et le rose

Le Financial Times notamment, référence de la presse financière, développe ici l’idée que la révolution verte ne doit pas se faire sans une jambe sociale, au risque d’aggraver un peu plus les inégalités et de créer une transition à deux vitesses. Ils proposent ainsi un Green New Deal, c’est à dire de l’investissement public dans la transformation vers des énergies et des infrastructures vertes, et un système de taxe et de dividende carbone, afin que la fiscalité accrue des énergies polluantes soit compensée par un versement direct de cette recette fiscale vers celles et ceux qui en ont besoin – et éviter par exemple, les erreurs de Macron conduisant à la crise des gilets jaunes. S’il s’agit là d’une évidence, que cette thèse soit défendue aujourd’hui par un journal porte-parole des marchés montre que la bataille culturelle est en train d’être gagnée.

Plus bêtes que les banquiers ?

Aujourd’hui et depuis plusieurs mois, les gouvernements empruntent sur les marchés à taux proches de zéro voire négatifs. Plus d’excuses pour ne pas investir dans la transition écologique et les infrastructures vertes : l’opportunité est économiquement rationnelle compte tenu de son rendement social et écologique.

C’est ce qu’explique très bien mes amis Ollivier Bodin et Alain Grandjean dans ce billet : UN NOUVEAU PACTE EUROPÉEN ÉCOLOGIQUE ET SOLIDAIRE POUR RENDRE LA TRAJECTOIRE DES FINANCES PUBLIQUES VRAIMENT SOUTENABLE

Le combat ne s’arrête d’ailleurs pas à la transition écologique. L’économie européenne est encore sous perfusion des politiques monétaires de la BCE, sans avoir pu être guérie par des réformes d’ordre politique, une remise en cause de l’austérité et une véritable relance publique.

Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, donne de la voix sur ce sujet. Il « redoute que la zone euro soit mal préparée pour affronter la prochaine récession » dans les colonnes du Monde.

« […] D’autres, comme moi, mais aussi les investisseurs dans les marchés financiers, pensent que les taux vont rester durablement bas. A mes yeux, il est donc crucial que les gouvernements ajustent leur politique budgétaire à ce nouveau contexte. »

La conjoncture monétaire actuelle, poussant les taux à la baisse, est propice à un regain d’investissement. Quelque soit la raison : sociale, économique, écologique … Il faut sortir de la logique mortifère de l’austérité reine. Les marchés profitent de ces taux à zéro, pourquoi serions-nous plus bêtes qu’eux en ne le faisant pas ?

Il ne s’agit même plus d’opposer une gauche ou une Europe du Sud « cigale » à une droite ou une Europe du Nord « fourmi », bien qu’il s’agisse encore malheureusement d’un cliché qui a la vie dure : emprunter à taux zéro est une aubaine même pour les austères et les conservateurs qui veulent se penser comme les meilleurs comptables, surtout quand l’économie est enrhumée.

L’ombre de la crise

Il n’est pas question de dépenser pour le plaisir de dépenser, mais de régler l’urgence économique : je rappelle à toutes fins utiles que l’investissement public net est négatif ou proche de zéro un peu partout en Europe, que certaines banques et institutions financières d’Europe du Nord ne sont pas mieux loties que les banques d’Europe du Sud, et que la croissance allemande s’érode sauvagement, et donc que les oppositions droite/gauche ou nord/sud sont virtuelles ici : nous sommes tous dans le même bateau. Face à ces éléments, la prochaine crise financière promet de n’épargner personne.

Plus de 13% des entreprises européennes sont des entreprises zombies, c’est à dire des entreprises qui ne survivent que grâce à la politique macro économique et monétaire accommodante de la BCE. Des entreprises qui n’ont jamais préparé l’après crise de 2008, et des gouvernements qui n’ont pas provoqué non plus le choc d’investissement nécessaire pour que l’économie s’en sorte. Dès lors, l’absence de relance nous condamne à subir une crise économique dévastatrice à terme. Sans même parler des inégalités sociales qui en découlent, et le retard que nous sommes en train de prendre contre le réchauffement climatique.

L’étau se resserre. Les taux sont bas. Profitons-en.

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