5 ans plus tard, que reste-t-il de la COP21 ?

Un article publié pour l’association Greentervention à retrouver ici

Ollivier Bodin – Michael Vincent

Le début d’une démarche incontournable – 5 ans déjà qu’a eu lieu à Paris la COP21, 21e Conférence des parties pour le climat qui réunit les États engagés depuis 1992 par la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques. La négociation réunissant 195 États et l’Union Européenne du 30 novembre au 12 décembre 2015 à Paris, fut historique. Pour la première fois, l’accord de Paris définissait un cadre mondial visant à éviter un changement climatique dangereux, en limitant le réchauffement de la planète à un niveau nettement inférieur à 2°, voire de préférence à 1,5°, au-dessus du niveau pré-industriel ; actuellement, le réchauffement est déjà de 1,1° au-dessus de ce niveau et croît au rythme de 0,2° par décade. C’est surtout le tout premier accord mondial juridiquement contraignant sur le changement climatique.

Les pays se sont engagés sur de vastes plans d’action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’origine du réchauffement planétaire. Ces plans, même mis en œuvre, ne suffiront toutefois pas à contenir les hausses de température de plus en plus souvent à l’origine de phénomènes naturels catastrophiques. Selon la tendance actuelle, la concentration de GES augmente encore à un rythme incompatible avec la stabilisation de la température au niveau visé.

Une mobilisation croissante en Europe et dans le monde –  La bonne nouvelle est que la conscience de l’origine humaine du dérèglement climatique et, plus généralement, la cause écologique ont largement progressé non seulement chez les activistes mais encore dans l’opinion publique, et dans la parole politique. Aux Etats-Unis – pays qui n’avait pas ratifié le protocole de Kyoto – le débat sur un Green New Deal est porté par une nouvelle génération de politicien-nes, et le pays s’apprête à revenir dans l’accord de Paris, pour tourner la page du climato-scepticisme trumpien. La Chine, dont l’action est indispensable pour réussir mais qui serait un des pays le plus atteint directement ou indirectement en raison des catastrophes qui affecteraient l’Asie, vient de confirmer son engagement à atteindre la neutralité carbone entre 2060 et 2070.

En Europe, le Green Deal a été la première action forte de la nouvelle Commission Européenne mise en place en 2019. L’engagement de l’Europe – acté par le Conseil Européen de ce 11 décembre 2020 – consiste à atteindre la neutralité carbone en 2050 et à réduire de 55% en 2030 les émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990. Cet objectif ouvre la voie à une loi climat ambitieuse et à la révision des politiques européennes et nationales qui devront l’être tout autant.. Les mesures annoncées en 2020 par les Etats Membres de l’UE sont toutefois à ce stade encore nettement insuffisantes pour s’approcher des nouveaux objectifs. La décarbonation de l’économie européenne a bien été enclenchée. Mais, elle est essentiellement due à la substitution de centrales à charbon par des énergies renouvelables et au gaz naturel, une énergie moins polluante mais à laquelle il faudra renoncer à terme. La dépollution de l’air qui est allé de pair a certes déjà permis d’éviter des dizaines de milliers de décès prématurés, et les politiques environnementales et climatiques sont bénéfiques au bien-être. Mais une vaste transformation des modes de production dans l’industrie, l’agriculture et le bâtiment, ainsi que de la façon de circuler,  transporter et consommer, demeure indispensable.

Une cohérence des investissements encore à améliorer – Soyons clairs: il ne suffira pas d’augmenter les investissements dits “verts”, supposés avoir un impact positif à plus ou moins long terme sur le bilan carbone et l’environnement. Les effets d’annonce autour de quelques milliards investis dans des énergies et méthodes plus respectueuses de l’environnement cachent une réalité plus sombre : la somme de tous les autres soutiens aux anciennes pratiques qui nous laissent sur une trajectoire de température non soutenable et à terme, irréversible. Le désinvestissement des énergies et activités polluantes est tout aussi nécessaire que les investissements dans la transition écologique et solidaire, au risque de rendre ces derniers inutiles.

Une approche transversale, démocratique et sociale des politiques climatiques désormais indispensable – Les transformations en faveur de l’environnement doivent toucher toutes les politiques. Trop souvent, l’écologie est considérée comme un domaine d’action à part, avec son budget propre, plutôt que d’être intégrée aux politiques macro-économiques, monétaires ou budgétaires. Ce manque de transversalité encourage l’inertie mortifère qui condamne à manquer les objectifs et empêche une réelle sortie de la dépendance carbone. Pourtant, même pour l’économie, l’objectif qui devrait primer, c’est la soutenabilité de la planète, la préservation de la nature et de la biodiversité et le bien être des humains. Dans l’immédiat, Il faut donc veiller à ce que les plans de relance pour surmonter la crise économique du COVID intègrent pleinement ces objectifs sociaux et environnementaux.

Les transformations doivent se faire avec les citoyens ou leurs représentants locaux. En France, la convention citoyenne pour le climat a montré que la transition écologique n’est pas seulement une affaire d’experts mais que partager les savoirs fait évoluer les convictions et suscite des propositions constructives. Lorsque les citoyens ou leurs représentants locaux sont déçus de ne pas être entendus, ils multiplient les recours en justice contre les Etats pour les condamner à agir vite. Aux Pays-Bas la cour suprême a condamné l’Etat à relever son ambition climatique à la demande de 900 citoyens. Des actions similaires ont été engagées dans plusieurs États de l’UE, en France avec l’Affaire du Siècle, en Belgique, en Allemagne, en Irlande. En France, toujours, la commune de Grande-Synthe, menacée de disparition par la montée du niveau de la mer, a fait condamner l’Etat à apporter la preuve qu’il faisait tout le nécessaire pour respecter ses engagements climatiques. Mais ces recours sont un pis-aller. La délibération démocratique sera toujours préférable à un procès. 

Les transformations doivent aussi être justes. L’impact du changement climatique est aggravé pour les plus vulnérables qui ont moins de moyens pour se protéger. Les politiques de lutte contre le changement climatique elles-mêmes peuvent engendrer des inégalités, par exemple lorsqu’elles imposent une hausse du prix de l’énergie carbonée sans aider les moins favorisés à se tourner vers les sources d’énergie renouvelables que ce soit pour se chauffer ou pour circuler. 

Des choix déterminés à la mesure des dérèglements environnementaux – Les transformations doivent être rapides. Les risques d’évènements catastrophiques sont trop grands pour ne pas appliquer le principe de précaution. Il s’agit d’accélérer les activités qui soutiennent la transition ou sont durablement compatibles avec un économie zéro carbone et la finitude des ressources naturelles, et de pénaliser fortement celles qui ne le sont pas. La responsabilité ultime de la politique est de veiller à ce que cette transformation se fasse en renforçant la cohésion politique, sociale et régionale, et non en l’affaiblissant. Des politiques qui soutiennent de façon indifférenciée les activités – donc un renforcement indifférencié du potentiel de croissance – sont plus faciles à concevoir et à mettre en œuvre, mais incompatibles avec le principe de précaution.

Ne rien choisir, ne rien changer, ce n’est pas simplement alimenter le statu-quo ou stabiliser la situation : c’est amplifier le problème, car nous sommes toujours sur une trajectoire qui met gravement en danger l’hospitalité de la planète pour l’humanité. Ne pas choisir, c’est choisir une trajectoire non soutenable. A-t-on seulement le choix ? Les années 2019 et 2020 avec leurs canicules et leurs inondations ont été marquées par une aggravation des effets tangibles du dérèglement climatique, qui n’est sans doute pas pour rien dans l’accélération de la prise de conscience écologique. La pandémie du coronavirus, qui marquera l’humanité au fer rouge, est un autre signal du dérèglement de nos économies et de notre biodiversité. Elle ne pourrait bien n’être que la première petite vague du typhon de la crise écologique.

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