Interview dans GAZET : “L’existence d’une frontière avec la Belgique s’est rappelée à nous”

Gazet, c’est la newsletter qui offre un regard décontracté sur la Flandre (Nord de la France). Un nouveau média de proximité, indépendant et gratuit. De l’humain, des histoires, de l’humour. Gazet pose ses fondations sur ces trois “H” pour aborder tous les sujets qui font, qui ont fait ou qui feront l’actu en Flandre. Abonnez-vous ici, vous ne le regretterez pas !

J’ai eu le plaisir d’être interviewé dans la newsletter de Février, dont voici l’extrait. Enjoy !


Michael Vincent, 32 ans, est le genre d’économiste à discuter de la stabilité des marchés financiers avec des gamers sur Twitch. Adepte de la Nintendo, élevé dans le quartier du Biest à Hazebrouck, l’ancien élève de Saint-Jacques vit à Bruxelles et enseigne à la Sorbonne. Sur son CV : une candidature aux Européennes en 2019 (liste Glucksmann) et un livre sur les crises financières. Covid, circuit court, transports, éoliennes… Dans notre entretien, cet amateur de bières raconte sa vision de la Flandre.


Sympa votre chaîne de gaming

Quand j’étais petit, je jouais à Zelda et Mario Kart, sur NES et Game Boy. Sur Twitch, j’utilise les codes de ma génération pour parler politique et économie à des personnes qui ne s’y intéressent pas. Le gaming, c’est un prétexte.

Vous êtes originaire d’Hazebrouck, vous habitez Bruxelles… Quel regard portez-vous sur les relations franco-belges ?

Il y a un an, je vous aurais dit que nous n’avons plus de frontière, parce que nous sommes cousins. Désormais, il y a un précédent avec la crise de la Covid. On aurait aimé plus de coordination européenne, particulièrement entre le Nord et la Belgique. C’est le bordel. La réalité de l’existence d’une frontière s’est rappelée à nous. Est-ce qu’on peut travailler ? Faut-il passer un test pour aller dans l’autre pays ? Ce n’est pas clair, ç’aurait pu l’être avec plus d’intelligence. D’autant que le virus n’est pas différent entre Hazebrouck et Poperinge. Nous sommes sur des zones de population peu denses. Est-ce que je prends plus de risque en venant de Bruxelles si je me balade à Poperinge ou à Hazebrouck ? Il y a encore du boulot !

Vous avez consacré des épisodes de votre podcast Rue de la Révolution à deux entrepreneurs flamands :  Élise Dormion-Roussez de la Ferme des Mions (Hazebrouck) et Mathieu Lesenne de la Brasserie du Pays flamand (Blaringhem). Qu’est-ce qui vous plaît dans leur démarche ? 

Dans ce podcast, on prend le contrepied de la morosité ambiante en proposant des histoires positives avec des personnes qui s’engagent. Mathieu et Élise prouvent que l’engagement n’est pas uniquement associatif ou politique. C’est au jour le jour, dans la vie professionnelle. Être engagé, ce n’est pas forcément être bénévole, c’est aussi dans des démarches d’entreprises. Avec Mathieu, on aborde la notion de consom’acteur. La bière Anosteké, c’est un super produit ! Derrière, les mecs ont une structure très flat au niveau du management, ils font marcher l’économie locale, ils s’engagent pour replanter des arbres… Ils font plus que créer une bière. L’histoire de la Brasserie du Pays flamand, c’est une success story incroyable ! De son côté, Élise cherchait à réintroduire des semences du coin. C’est typique de la région. 

Les initiatives en circuit court fleurissent en Flandre : est-ce qu’on ne serait pas en train de réinventer l’eau chaude ?

Il y a un petit côté « l’histoire se répète”, mais il ne faut pas caricaturer. C’est nécessaire, moderne et c’est une chance de redynamiser un territoire très agricole. Je serais heureux de voir apparaître à Bailleul, Hazebrouck ou Merville, un incubateur d’agro-tech. Pour proposer aux jeunes l’agriculture de demain, innover dans le respect du circuit court. Ça fait partie des axes pour dynamiser la région sur le plan démographique et économique. Il ne faut pas ringardiser ce retour en arrière. 

L’agro-tech, c’est la piste économique sous-exploitée en Flandre ?

Plutôt que développer les zones des grandes surfaces, revenir à la terre me semble intéressant. L’autre piste en Flandre, ce sont les transports. On est quand même dans une région de cyclistes ! Si on veut sortir du tout-voiture, désengorger l’A25, il faut poursuivre le débat sur les transports. Quelle tristesse de constater qu’Hazebrouck est une ville résidentielle. Les couples travaillent à Dunkerque et Lille. Quand on voit la taille et la fréquence des TER, on encourage les gens à prendre la voiture. 

Le tout-voiture, c’était aussi il y a 20, 30 ans, avec l’arrivée des zones commerciales en périphérie des communes comme Bailleul ou Hazebrouck. Aujourd’hui, on reproche aux élus qui ont autorisé leur implantation d’avoir tué le commerce de centre-ville…

Dans les années 1970-1980, où la préoccupation écologique n’était pas aussi présente dans les esprits, les élus y ont vu à raison un vecteur d’expansion économique de la ville, un désengorgement des centres-villes. On arrivait sur un tout-voiture, ça avait du sens. Aujourd’hui c’est facile de dire qu’ils avaient tort. C’est la démocratie : on peut tous avoir tort à un moment donné. C’est une politique qui a fait plaisir à tout le monde. Quarante ans plus tard, on se rend compte de ses défauts et ses limites. Je suis très friand des livres de Christophe Guilluy sur la France périphérique. C’est une réalité ! Le sens de l’Histoire, c’est de revenir sur ce tout-voiture. Permettre des centres-villes dynamiques où l’on peut tout faire à pied. À Bruxelles, je n’ai pas de voiture, je n’en souffre pas. C’est un luxe. Tous les espaces ne peuvent pas être gérés sans voiture. J’ai la chance d’avoir le boucher, le boulanger, la supérette à cinq minutes de chez moi. J’ai un réseau de transports en commun. La question ne se pose pas de la même manière à Hazebrouck ou Bailleul. Quand on a encouragé le tout-voiture et cette France périphérique, on a coupé dans les transports en commun. Culpabiliser les conducteurs de voiture, sans alternative, ça ne sert à rien. 

La CCFI rompt ses liens économiques avec l’Audomarois pour se tourner vers Dunkerque. Le président Valentin Belleval estime que le territoire a plus de points communs avec le littoral… 

C’est l’élément de communication principal. C’est le narratif. Est-ce que c’est la vraie raison ? Je l’ignore. Pour connaître le parcours et la dynamique qui a mené Valentin Belleval à la tête de la CCFI, il y avait une volonté de sortir les boomers et de secouer le cocotier. Il a voulu faire table rase du passé. Valentin Belleval n’a pas démérité, mais il est arrivé là par un sacré concours de circonstances. Il a déboulonné des gens qui étaient là depuis bien longtemps. 

La question des projets de méthaniseur crispe une partie de la population en Flandre… vous en faites partie ?

Je ne suis pas ingénieur. Cette démarche qui permet d’être auto-suffisant dans une optique de développement durable, c’est intéressant. On a des débats similaires avec les éoliennes. Il y a des nuisances connues, mais ça relève plus du confort. Ce n’est pas beau, ça fait du bruit. C’est dommage car le premier critère, c’est remplacer l’énergie carbonée par l’énergie renouvelable. Le côté esthétique est secondaire. Je ne serais pas populaire avec cette proposition, mais on est quand même une région où historiquement, on tirait notre énergie de l’éolienne avec les moulins. Des éoliennes en Flandre, j’y verrai un retour aux sources. Pour la méthanisation, je comprends qu’il y ait des limites qui relèvent de la pollution si c’est mal fait. Il faut toujours comparer avec l’alternative :  si c’est de l’énergie ultra polluante ? Rien n’est parfait. L’époque tend à montrer qu’il y a plus d’avantages que d’inconvénients. C’est la « tragédie des horizons ». Les décisions que l’on prend aujourd’hui, on les prend pour les quinze prochaines années. Est-ce que, dans quinze ans, on ne sera pas dégoûté des militants anti-éoliennes et anti-méthaniseurs ? 

D’ici là, serez-vous candidat en Flandre ?

Il y a deux ans, pour les Européennes, j’ai fait campagne en Flandre. C’est ma région, il me semblait normal de relater mon expérience d’Européen ici.  Je ne l’exclus pas, mais je n’ai pas la tête à ça non plus. Vous me ressortirez ça dans dix ans ! 

Au fait, vous mixez sur Soundcloud…

Ah ! le drame du confinement !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :